Lyon, quais du Rhône © Marie Pellicier

Tribute to Lyon

À toi, à eux et surtout à nous.

Qui l’eu cru ? Qui aurait pensé que j’écrirais ces lignes pour te célébrer, pour te remercier aussi. Toi, Lyon, ma ville. « Ma ville »… tu n’es pas à moi pourtant et je ne connais qu’un tiers à peine de ton ensemble et de ton histoire. Mais voilà 4 années que j’ai posé mes valises chez toi, et il s’en est passé des choses… alors quelques mots s’imposent.

Tout n’avait pas exactement bien commencé entre toi et moi, tu étais à mes yeux cette ville étape et cette froideur constante. Moi l’enfant de la montagne qui m’arrêtais de temps en temps ici pour prendre un train, qui détestais absolument tous tes enfants à toi qui venaient envahir mes pistes pendant les vacances avec leur matériel dernier cri mais qui ne savaient ni skier ni être poli dans les remontées. Des sales gosses qui dodelinent dans la poudreuse, qui ne plantent pas leurs bâtons et qui te balancent à l’après-ski « heureusement qu’ils sont là pour faire vivre la station ». Pas faux mais pas 100% vrai non plus, c’est un autre débat et étant donné que je t’écris aujourd’hui pour te déclarer ma flamme je ne vais pas prendre à nouveau la mouche. Donc, c’était mal parti entre nous et il faut dire que c’est aussi de ma faute. Étudiante à Paris devenue véritable parisienne, quelle autre ville française pouvait avoir mes faveurs, quand tout se passait dans la capitale. Travail, arts, culture, sorties… j’étais servie et persuadée que rien ne pouvait égaler Paris. Et pourtant, parce que la vie est pleine de surprises et que la mienne a basculé pour m’offrir d’abord le pire puis le meilleur, c’est chez toi que j’ai atterri et qu’aujourd’hui je me sens pour la toute première fois en paix.
Tu m’as offert le gîte et le couvert, tiens parlons-en du couvert. Je n’ai jamais aussi bien mangé depuis que je suis chez toi. Tu t’es auto-proclamée « capitale mondiale de la gastronomie », rien que ça et pourtant je suis bien d’accord avec toi. Chez toi j’ai découvert les mâchons, ces repas traditionnels qui commencent à 9h du matin et qui remontent au temps des canuts, où les ouvriers de la soie y mangeaient les restes de la veille dans une ambiance chaleureuse. J’ai découvert les bouchons, ces restaurants incontournables où l’on déguste entre autre la cervelle des canuts, la quenelle à prononcer « qu’nelle », la tarte à la praline, les grattons et le saucisson à cuire. Et parce que ce n’est jamais assez, tu as en ton sein le temple de la ripaille et du bon vin, les Halles Paul Bocuse. Une journée là-bas est pour moi comme une journée au spa, en un peu moins léger c’est vrai, et pourtant l’on sort de là tout aussi détendu.
Ce ne sont pas que tes tables et tes bons produits qui m’ont séduite, c’est aussi ton architecture, stricte et lisse par moment, éclectique et biscornue à d’autres. Tes quartiers historiques, les traboules et le Vieux Lyon, la Croix-Rousse, ses vues qui vont si loin que l’on aperçoit même mon cher Mont-Blanc parfois, ces innombrables et interminables marches, la montée de Fourvière que j’ai saigné par deux fois quand, à 41 semaines de grossesse, j’ai voulu déclencher mes accouchements. Les Puces du Canal qui n’ont rien à envier à celles de Saint-Ouen, les virées à vélo dans le Beaujolais, la Fête des Lumières, les Nuits Sonores et les Nuits de Fourvière, les quais du Rhône pour l’apéro et les bords de Saône, ses guinguettes et ses coins d’ombre pour l’été. Ces arbres par centaines sur les avenues et les hauteurs, ces couleurs automnales sur les murs et leurs graffitis si jolis.

Chez toi, on parle vite et avec gouaille, on ne dit pas « feuille » on dit « fEUille », on ne dit pas putain on dit « petsamère » ou « petsam’ », on dit « bugner » et pas taper, on dit un « pelo » pour un gars et tes habitants sont d’abord des Gones avant d’être lyonnais.

Chez toi, on parle vite et avec gouaille, on ne dit pas « feuille » on dit « fEUille », on ne dit pas putain on dit « petsamère » ou « petsam’ », on dit « bugner » et pas taper, on dit un « pelo » pour un gars et tes habitants sont d’abord des Gones avant d’être lyonnais. Les Gones, ces personnes que je pensais cerner depuis mon village de montagne mais que j’étais loin de connaître en réalité. Ici, ils m’ont accueillie avec bonne humeur et réchauffé le cœur dans les heures sombres, ils m’ont fait rire autant qu’ils m’ont appris à aller vers plus de vérité, de simplicité et de fraternité. Ici, j’ai lâché la méfiance hautaine pour adopter l’ouverture à l’autre, les copines de mes copines sont devenues mes copines et dans la foule d’amis autour de mon foyer, la bienveillance et l’entraide sont venues remplacer la superficialité mondaine et la solitude urbaine.
Cerise sur le gâteau, tu as même réussi à m’enrôler dans le giron de ton équipe de foot, pourtant si mauvaise parfois sur le terrain. Peu importe, ces rendez-vous au stade je les chéris, « rouge et bleu sont nos couleurs, Lyonnais est notre cœur. »
Chère Lyon, je te l’ai dit je suis loin d’avoir fait le tour de toi et tes caractéristiques comme tes paradoxes ne cesseront jamais de me surprendre. Toi, la ville bourgeoise par excellence, mais aussi bobo (coucou 🙋🏻‍♀️) et roots à la fois. Il y a de tout chez toi, et c’est bien cela qui fait ton charme.
Si nous ne pouvons savoir ce qui nous attend, soyons assurées d’être à jamais liées, toi le doux refuge, le fief et le berceau de ma famille, celle que je construis.

Crédit photo : Lyon, quais du Rhône © Marie Pellicier


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