« Kolkhoze » Emmanuel Carrère 2025, Éditions P.O.L

Book club #2

« Kolkhoze », à cœur ouvert.

« Kolkhoze »
Emmanuel Carrère
2025, Éditions P.O.L

Sorti en août 2025, la lecture de cet ouvrage m’a accompagnée tout le mois de septembre, avant que ce dernier ne reçoive le mérité Prix Médicis 2025.
Connu et reconnu, Emmanuel Carrère est un écrivain aimé pour sa plume sincère et crue, jamais vulgaire, toujours juste mais désenchantée souvent. Avec « Kolkhoze », il approche et décortique son histoire familiale dont la pierre angulaire est sa maman, Hélène Carrère d’Encausse, académicienne et historienne spécialiste de son pays d’origine, la Russie. Ce n’est pas la première fois que l’auteur étudie et dévoile son histoire intime et familiale, notamment celle de sa mère. Avec « Un romain russe » (2007, Éditions P.O.L), l’on peut dire que le fils avait déjà tenté de tuer la mère, si l’on s’attache à ce concept œdipien. D’un point de vue plus général, il s’agit surtout d’une introspection et d’une quête d’environner son histoire et celle de ceux qui en sont les figures principales. C’est à nouveau chose faite ici, sans redite ni lassitude, Emmanuel Carrère nous plonge à nouveau dans les archives familiales en oscillant entre passé et présent, réalités géopolitiques et confidences personnelles. Nous survolons ainsi l’épopée de quatre générations, de la Russie et la Georgie à la France, pays où les parents de l’auteur ont construit leur carrières respectives et leur foyer. Plus qu’un simple voyage dans le temps et dans son histoire familiale, l’auteur aborde la nature même de l’héritage, la portée de la filiation, la construction de son identité entre récit individuel et récit collectif, altérité et ipséité. Nous sommes tous des histoires, celles que nous racontons et celle que les autres racontent, l’une influence l’autre et il appartient à chacun de construire un récit à la croisée de celles-ci, le plus juste possible.

« Je suis le visage de ma mère… je suis la détresse sans fond de mon père. »

extrait de « Kolkhoze » Emmanuel Carrère, 2025, Éditions P.O.L

Avec tendresse, sincérité, fluidité, Emmanuel Carrère nous embarque dans sa sphère familiale jusque dans les dernières heures de vie de sa mère. Et alors, comme un voile levé ou comme si ce dernier n’avait jamais existé, l’on découvre que même les hommes torturés, les intellectuels, les outsiders ou les désabusés, eux aussi, aiment leur maman au point de vouloir comprendre leurs parcours personnels et communs. Eux aussi ont besoin de savoir, eux aussi ne sont pas insensibles à l’universel lien mère-enfant. Alors nous nous surprenons à toucher du doigt une certaine ode à peine dissimulée à l’amour parental, la figure du père n’étant pas en reste.
Cet ouvrage est un montage réussi d’interrogations sur la mémoire et la filiation, de récits d’exil et de reconstruction, d’identités propres et collectives, de liens familiaux et historiques.


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